Chroniques d’un Ventre #8

Bonjour.
C’est le ventre.

Aujourd’hui, je ne suis pas seul. J’ai invité quelqu’un que je connais depuis très longtemps.

Le ventre de Simon.

On pourrait dire que nous sommes les plus grands complices de cette histoire.

Parce qu’avant Baby Love, avant la grossesse, avant les échos et les coups de pied sous les côtes, nous deux, on se connaissait déjà par coeur.

Il y a dix ans, bien avant que leurs têtes comprennent ce qui était en train de se passer, c’est nous qui avons commencé à envoyer les premiers signaux. Les papillons. Le ventre noué avant de se voir. Cette sensation étrange quand l’autre entre dans une pièce.

Les émotions qu’on essaie ensuite d’expliquer très sérieusement avec le cerveau alors que, franchement, nous avions déjà tout compris. Enfait, c'est grâce à nous toute cette histoire : ce projet de musique Sophie de Quay, Baby Love...

Parce qu’un ventre ne sert pas seulement à digérer. C’est aussi le berceau des émotions.

Et depuis dix ans, le ventre de Sim et moi, on a tout traversé ensemble : le trac avant les concerts, les voyages.

Les petites engueulades. Les réconciliations. Les grands projets. Les boules au ventre. Les fous rires qui nous tordent.

Alors forcément, quand Baby Love est arrivée et que j’ai commencé à prendre des proportions légèrement déraisonnables, mon plus grand complice a voulu participer lui aussi. Il vous racontera.

Allez, je vous le présente : le ventre du futur papa.

Salut Ventre. Je te présente mes lecteurs. Ça fait depuis cet été qu’on se fréquente une fois par semaine. Je leur raconte beaucoup de choses, quelques confidences. Je me plains parfois un peu des humains qui nous entourent.

Je leur explique aussi que porter un bébé, c’est très beau, mais que niveau espace personnel, on repassera. Bref, on a créé une petite relation de confiance. Ils savent presque tout de ma vie. Enfin… tout ce que je décide de leur dire.

Donc aujourd’hui, sois sympa. Pas de langue de bois. Ils sont de la famille maintenant.

Et surtout, ils commencent à très bien me connaître.

Alors je te préviens : s’ils trouvent que tu racontes n’importe quoi, ils prendront probablement mon parti.

Bienvenue dans les Chroniques d’un ventre.

— Bon, Ventre du futur papa… ça fait bizarre hein, on s'est connus on était jeunes et insousciants.

Comment tu te sens, là, dans cette période complètement étrange où tout peut basculer d’une seconde à l’autre ?

Franchement ? Je suis en alerte. Pas en panique. Mais en alerte.

Sophie est très expressive et peut être maladroite et depuis quelques jours, chaque fois qu'elle fait une petite grimace, qu'elle dit "aïe" parce qu'elle s'est pris un coin de table , mon patron me demande immédiatement : « C’est maintenant ? »

Et moi, je n’en sais absolument rien. Il zappe que je suis un ventre. Je ressens beaucoup de choses, mais je n’ai pas encore obtenu mon diplôme de sage-femme.

Ce qui est très particulier, c’est cette sensation que notre vie actuelle peut basculer à n’importe quel moment.

On peut être en train de vivre notre vie de ventres. Gargouiller. Digérer. Faire des papillons.

Se contracter pour attirer un peu l’attention. Et soudain…tout le monde court vers la maternité.

Donc forcément, à l’intérieur de moi, il y a pas mal de circulation. De l’excitation. De l’appréhension. De l’impatience.

— Est-ce que tu réalises vraiment que dans quelques jours ton patron va devenir papa ?

Déjà, je tiens à préciser une chose. Moi, je ne vais pas devenir papa. Je vais devenir le ventre du papa. Chacun son poste. Mais oui. Je le réalise de plus en plus.

Et c’est assez fascinant, parce qu’on parle énormément de toi depuis neuf mois. Toi, tu grandis. Tu bouges. Tu héberges Baby Love. Tu fais des montagnes russes. Tu prends toute la lumière. Pendant ce temps-là, moi, extérieurement… rien. Enfin… J’ai tenté une petite couvade au début. Par solidarité.

Je me suis dit : mon vieux complice grandit, je vais grandir aussi. Mon patron n’a absolument pas apprécié. Donc j’ai assez rapidement abandonné le concept.

Mais même si je n’ai pas de bébé à l’intérieur de moi, il y a quelque chose qui a énormément grandi. L’amour. Et avec lui, la responsabilité. La fierté. L’appréhension.

La question de savoir si mon patron sera à la hauteur. Tout ça, devine où ça finit ? Chez moi.

Évidemment. Le cerveau réfléchit. Le cœur fait son intéressant. Et moi, je récupère tout le reste.

— Tu t’es senti un peu jaloux de moi parfois ? Parce que c’est quand même moi qui héberge Baby Love depuis neuf mois.

Jaloux ? Non. Responsable, oui. Très rapidement, j’ai senti que mon patron avait envie de prendre soin de vous deux. Il a été très impliqué pendant toute cette grossesse.

Et comme c’est moi qui récupère ses émotions, j’ai passé neuf mois à lui envoyer des petits messages.

« Fais attention à elle. » « Ne la laisse pas porter ça. »

« Pourquoi cette personne met-elle sa main sur le ventre sans demander ? »

Je dois dire que certaines mains inconnues ont provoqué chez moi quelques tensions.

Les mauvaises langues pourraient parler de jalousie. Moi, j’appelle ça : service de sécurité.

— Et la première fois que ton patron a senti Baby Love bouger en moi ?

Là, ça s'est concrétisé ! Jusqu’à ce moment-là, une grossesse peut encore rester assez abstraite.

Et soudain…un coup. Sous sa main. Et là, tout devient réel. J’ai reçu une espèce de décharge de joie. Et surtout un amour que je n’avais encore jamais senti comme ça. Certains copains lui avaient dit : « Tu verras, pour les papas, ça devient vraiment concret quand le bébé arrive. »

Eh bien non. Chez nous, la connexion était déjà là.

Et puis quand nos boss s'endorment et que je viens me poser contre toi. Enfin… ça, c’était surtout avant l’arrivée du coussin de grossesse. Depuis, soyons honnêtes, on vit une relation à distance.

Mais quand j’arrive quand même à me rapprocher et que Baby Love donne un coup, c'est comme si, pendant quelques secondes, tu me prêtais un petit bout de ta grossesse. Je reconnais que c’est une sensation assez incroyable.

Et plutôt pratique aussi : je profite de l’expérience sans avoir à porter les neuf mois.

Sans les nausées, sans la sciatique et sans avoir à trouver une position pour dormir.

— Tu as eu peur pendant ces neuf mois ?

Oui. Mais, paradoxalement, je crois que j’ai eu encore plus peur avant.

Avant que Baby Love soit là. Au moment de l’opération de Sophie.

Quand, pendant un temps, on ne savait pas vraiment si toi, tu pourrais un jour accueillir un bébé. Là, j’ai senti chez mon patron une peur beaucoup plus profonde.

Pas la peur qu’il arrive quelque chose. La peur que cette histoire n’arrive peut-être jamais.

Alors quand Baby Love s’est finalement installée chez toi, il y a eu énormément de soulagement. Et puis, forcément, d’autres peurs ont pris le relais.

Peur qu’il vous arrive quelque chose. Peur que Sophie tombe. Peur d’un accident.

Et plus tu prenais de la place, plus j’avais cette impression étrange que vous étiez à la fois incroyablement fortes… et un peu plus vulnérables.

Mon patron vous a toujours vues comme une entité très forte.

Et soudain, il s’est retrouvé avec cette envie presque instinctive de vous protéger. Alors moi, forcément, j’ai tout reçu. Les petits nœuds. Les grandes inquiétudes.

Les scénarios catastrophes dont personne n’avait besoin. Merci, cerveau. Mais neuf mois plus tard… vous êtes toujours là.

Baby Love aussi.

Et je dois reconnaître que tu as fait un boulot assez impressionnant. Même si, niveau mobilité… on a connu un ventre plus performant.

— Pardon ?

Je dis juste que tu ne remporteras probablement pas le championnat du monde du ramassage d’objets au sol cette semaine. Et que moi, j'ai de plus en plus d'abdos, je compense, tu me donnes 2x plus de job !

— Qu’est-ce que tu aimerais transmettre à Baby Love ?

Pendant longtemps, mon patron ne m’écoutait absolument pas. Je lui envoyais des signaux.

Il ignorait. Je renvoyais. Il ignorait encore. Il y a 2 ans, j’ai dû passer au niveau supérieur.

La douleur. Ça s’est terminé à l’hôpital alors qu’il pensait avoir quelque chose de terrible.

Il était surtout extrêmement stressé. Donc si je peux transmettre une seule chose à Baby Love, ce serait : écoute ton ventre avant qu’il soit obligé de hurler.

Écoute tes intuitions. Tes émotions. Tes limites. Ce petit truc qu’on ressent avant même de savoir l’expliquer. Parce que la tête est très intelligente.

Mais entre nous… elle arrive parfois avec quelques heures de retard.

— Et quel papa ton patron est-il en train de devenir ?

Je crois que ça ne se décide pas. Ça lui arrive. Et moi, je le sens très clairement : beaucoup d’amour, beaucoup de présence, beaucoup d’envie de protéger.

Bref… un papa très aimant. Peut-être même un peu papa poule.

Déjà très connecté à Baby Love. Et persuadé qu’il saura tout gérer.

Enfin… jusqu’à la première couche explosive.

— Tu sais, dans quelques jours, moi, je vais me retrouver vide…

J’y ai pensé. Ça va être bizarre pour toi. Pendant neuf mois, tu as été la star.

Tout le monde te regarde et ça engage des discussions.

Et puis soudain… Toute l’attention va se déplacer. Vers Baby Love. Ta plus belle création, quand même. Et probablement un peu vers tes copines les boobs, elles angoissent un peu à l'idée de prendre 2 tailles et de se retrouver pleines de lait et de découvrir que les premiers jours ne sont pas exactement une promenade de santé.

Bref… tu sais quoi ? Toi et moi, on va vivre quelque chose de très fort.

Et comme toujours… tout passe. Même les plus grandes révolutions.

— Merci de me rappeler que je vais connaître une terrible traversée du désert médiatique.

C’est le problème des artistes. Le plus difficile, ce n’est pas de devenir grand. C’est de rester grand.

— Justement, moi j’aimerais plutôt redevenir petit.

Et tu redeviendras petit. Mais pas demain matin. Déjà, tu t’apprêtes à faire un travail immense : laisser passer Baby Love de l’autre côté.

Alors chaque chose en son temps.

Tu vas devoir récupérer, retrouver doucement ta place, comprendre comment tu fonctionnes sans ton coloc. Et quand ce sera le moment, on s’y remettra ensemble.

Un peu de sport. Quelques exercices. Step by step !

Pour l’instant, ton seul job, c’est de faire sortir Baby Love… puis de souffler un peu.

— Je crois quand même que les petits coups de pied vont me manquer.

Ne t’inquiète pas. Tu continueras à les sentir. Simplement… de l’autre côté. Et cette fois, on pourra se les partager.

Quand tu en auras marre, ce sera mon tour. Quand j’en aurai marre, ce sera ton tour.

Après dix ans à tout partager , je crois qu’on est prêts pour ça aussi. Après tout, on est les plus grands complices de leur histoire.

Et dans quelques jours, pour la première fois… Baby Love ne sera plus en toi.

Elle sera avec nous. ❤️ 

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