Chroniques d’un Ventre #8
Cette semaine, le ventre de Sophie donne la parole à son plus grand complice : le ventre du futur papa. Entre impatience, instinct de protection, petites peurs, couvade improvisée et beaucoup d’amour, les deux ventres racontent à leur manière ces derniers jours avant l’arrivée de Baby Love.
Bonjour.
C’est le ventre.
Aujourd’hui, je ne suis pas seul. J’ai invité quelqu’un que je connais depuis très longtemps.
Le ventre de Simon.
On pourrait dire que nous sommes les plus grands complices de cette histoire.
Parce qu’avant Baby Love, avant la grossesse, avant les échos et les coups de pied sous les côtes, nous deux, on se connaissait déjà par coeur.
Il y a dix ans, bien avant que leurs têtes comprennent ce qui était en train de se passer, c’est nous qui avons commencé à envoyer les premiers signaux. Les papillons. Le ventre noué avant de se voir. Cette sensation étrange quand l’autre entre dans une pièce.
Les émotions qu’on essaie ensuite d’expliquer très sérieusement avec le cerveau alors que, franchement, nous avions déjà tout compris. Enfait, c'est grâce à nous toute cette histoire : ce projet de musique Sophie de Quay, Baby Love...
Parce qu’un ventre ne sert pas seulement à digérer. C’est aussi le berceau des émotions.
Et depuis dix ans, le ventre de Sim et moi, on a tout traversé ensemble : le trac avant les concerts, les voyages.
Les petites engueulades. Les réconciliations. Les grands projets. Les boules au ventre. Les fous rires qui nous tordent.
Alors forcément, quand Baby Love est arrivée et que j’ai commencé à prendre des proportions légèrement déraisonnables, mon plus grand complice a voulu participer lui aussi. Il vous racontera.
Allez, je vous le présente : le ventre du futur papa.
Salut Ventre. Je te présente mes lecteurs. Ça fait depuis cet été qu’on se fréquente une fois par semaine. Je leur raconte beaucoup de choses, quelques confidences. Je me plains parfois un peu des humains qui nous entourent.
Je leur explique aussi que porter un bébé, c’est très beau, mais que niveau espace personnel, on repassera. Bref, on a créé une petite relation de confiance. Ils savent presque tout de ma vie. Enfin… tout ce que je décide de leur dire.
Donc aujourd’hui, sois sympa. Pas de langue de bois. Ils sont de la famille maintenant.
Et surtout, ils commencent à très bien me connaître.
Alors je te préviens : s’ils trouvent que tu racontes n’importe quoi, ils prendront probablement mon parti.
Bienvenue dans les Chroniques d’un ventre.
— Bon, Ventre du futur papa… ça fait bizarre hein, on s'est connus on était jeunes et insousciants.
Comment tu te sens, là, dans cette période complètement étrange où tout peut basculer d’une seconde à l’autre ?
Franchement ? Je suis en alerte. Pas en panique. Mais en alerte.
Sophie est très expressive et peut être maladroite et depuis quelques jours, chaque fois qu'elle fait une petite grimace, qu'elle dit "aïe" parce qu'elle s'est pris un coin de table , mon patron me demande immédiatement : « C’est maintenant ? »
Et moi, je n’en sais absolument rien. Il zappe que je suis un ventre. Je ressens beaucoup de choses, mais je n’ai pas encore obtenu mon diplôme de sage-femme.
Ce qui est très particulier, c’est cette sensation que notre vie actuelle peut basculer à n’importe quel moment.
On peut être en train de vivre notre vie de ventres. Gargouiller. Digérer. Faire des papillons.
Se contracter pour attirer un peu l’attention. Et soudain…tout le monde court vers la maternité.
Donc forcément, à l’intérieur de moi, il y a pas mal de circulation. De l’excitation. De l’appréhension. De l’impatience.
— Est-ce que tu réalises vraiment que dans quelques jours ton patron va devenir papa ?
Déjà, je tiens à préciser une chose. Moi, je ne vais pas devenir papa. Je vais devenir le ventre du papa. Chacun son poste. Mais oui. Je le réalise de plus en plus.
Et c’est assez fascinant, parce qu’on parle énormément de toi depuis neuf mois. Toi, tu grandis. Tu bouges. Tu héberges Baby Love. Tu fais des montagnes russes. Tu prends toute la lumière. Pendant ce temps-là, moi, extérieurement… rien. Enfin… J’ai tenté une petite couvade au début. Par solidarité.
Je me suis dit : mon vieux complice grandit, je vais grandir aussi. Mon patron n’a absolument pas apprécié. Donc j’ai assez rapidement abandonné le concept.
Mais même si je n’ai pas de bébé à l’intérieur de moi, il y a quelque chose qui a énormément grandi. L’amour. Et avec lui, la responsabilité. La fierté. L’appréhension.
La question de savoir si mon patron sera à la hauteur. Tout ça, devine où ça finit ? Chez moi.
Évidemment. Le cerveau réfléchit. Le cœur fait son intéressant. Et moi, je récupère tout le reste.
— Tu t’es senti un peu jaloux de moi parfois ? Parce que c’est quand même moi qui héberge Baby Love depuis neuf mois.
Jaloux ? Non. Responsable, oui. Très rapidement, j’ai senti que mon patron avait envie de prendre soin de vous deux. Il a été très impliqué pendant toute cette grossesse.
Et comme c’est moi qui récupère ses émotions, j’ai passé neuf mois à lui envoyer des petits messages.
« Fais attention à elle. » « Ne la laisse pas porter ça. »
« Pourquoi cette personne met-elle sa main sur le ventre sans demander ? »
Je dois dire que certaines mains inconnues ont provoqué chez moi quelques tensions.
Les mauvaises langues pourraient parler de jalousie. Moi, j’appelle ça : service de sécurité.
— Et la première fois que ton patron a senti Baby Love bouger en moi ?
Là, ça s'est concrétisé ! Jusqu’à ce moment-là, une grossesse peut encore rester assez abstraite.
Et soudain…un coup. Sous sa main. Et là, tout devient réel. J’ai reçu une espèce de décharge de joie. Et surtout un amour que je n’avais encore jamais senti comme ça. Certains copains lui avaient dit : « Tu verras, pour les papas, ça devient vraiment concret quand le bébé arrive. »
Eh bien non. Chez nous, la connexion était déjà là.
Et puis quand nos boss s'endorment et que je viens me poser contre toi. Enfin… ça, c’était surtout avant l’arrivée du coussin de grossesse. Depuis, soyons honnêtes, on vit une relation à distance.
Mais quand j’arrive quand même à me rapprocher et que Baby Love donne un coup, c'est comme si, pendant quelques secondes, tu me prêtais un petit bout de ta grossesse. Je reconnais que c’est une sensation assez incroyable.
Et plutôt pratique aussi : je profite de l’expérience sans avoir à porter les neuf mois.
Sans les nausées, sans la sciatique et sans avoir à trouver une position pour dormir.
— Tu as eu peur pendant ces neuf mois ?
Oui. Mais, paradoxalement, je crois que j’ai eu encore plus peur avant.
Avant que Baby Love soit là. Au moment de l’opération de Sophie.
Quand, pendant un temps, on ne savait pas vraiment si toi, tu pourrais un jour accueillir un bébé. Là, j’ai senti chez mon patron une peur beaucoup plus profonde.
Pas la peur qu’il arrive quelque chose. La peur que cette histoire n’arrive peut-être jamais.
Alors quand Baby Love s’est finalement installée chez toi, il y a eu énormément de soulagement. Et puis, forcément, d’autres peurs ont pris le relais.
Peur qu’il vous arrive quelque chose. Peur que Sophie tombe. Peur d’un accident.
Et plus tu prenais de la place, plus j’avais cette impression étrange que vous étiez à la fois incroyablement fortes… et un peu plus vulnérables.
Mon patron vous a toujours vues comme une entité très forte.
Et soudain, il s’est retrouvé avec cette envie presque instinctive de vous protéger. Alors moi, forcément, j’ai tout reçu. Les petits nœuds. Les grandes inquiétudes.
Les scénarios catastrophes dont personne n’avait besoin. Merci, cerveau. Mais neuf mois plus tard… vous êtes toujours là.
Baby Love aussi.
Et je dois reconnaître que tu as fait un boulot assez impressionnant. Même si, niveau mobilité… on a connu un ventre plus performant.
— Pardon ?
Je dis juste que tu ne remporteras probablement pas le championnat du monde du ramassage d’objets au sol cette semaine. Et que moi, j'ai de plus en plus d'abdos, je compense, tu me donnes 2x plus de job !
— Qu’est-ce que tu aimerais transmettre à Baby Love ?
Pendant longtemps, mon patron ne m’écoutait absolument pas. Je lui envoyais des signaux.
Il ignorait. Je renvoyais. Il ignorait encore. Il y a 2 ans, j’ai dû passer au niveau supérieur.
La douleur. Ça s’est terminé à l’hôpital alors qu’il pensait avoir quelque chose de terrible.
Il était surtout extrêmement stressé. Donc si je peux transmettre une seule chose à Baby Love, ce serait : écoute ton ventre avant qu’il soit obligé de hurler.
Écoute tes intuitions. Tes émotions. Tes limites. Ce petit truc qu’on ressent avant même de savoir l’expliquer. Parce que la tête est très intelligente.
Mais entre nous… elle arrive parfois avec quelques heures de retard.
— Et quel papa ton patron est-il en train de devenir ?
Je crois que ça ne se décide pas. Ça lui arrive. Et moi, je le sens très clairement : beaucoup d’amour, beaucoup de présence, beaucoup d’envie de protéger.
Bref… un papa très aimant. Peut-être même un peu papa poule.
Déjà très connecté à Baby Love. Et persuadé qu’il saura tout gérer.
Enfin… jusqu’à la première couche explosive.
— Tu sais, dans quelques jours, moi, je vais me retrouver vide…
J’y ai pensé. Ça va être bizarre pour toi. Pendant neuf mois, tu as été la star.
Tout le monde te regarde et ça engage des discussions.
Et puis soudain… Toute l’attention va se déplacer. Vers Baby Love. Ta plus belle création, quand même. Et probablement un peu vers tes copines les boobs, elles angoissent un peu à l'idée de prendre 2 tailles et de se retrouver pleines de lait et de découvrir que les premiers jours ne sont pas exactement une promenade de santé.
Bref… tu sais quoi ? Toi et moi, on va vivre quelque chose de très fort.
Et comme toujours… tout passe. Même les plus grandes révolutions.
— Merci de me rappeler que je vais connaître une terrible traversée du désert médiatique.
C’est le problème des artistes. Le plus difficile, ce n’est pas de devenir grand. C’est de rester grand.
— Justement, moi j’aimerais plutôt redevenir petit.
Et tu redeviendras petit. Mais pas demain matin. Déjà, tu t’apprêtes à faire un travail immense : laisser passer Baby Love de l’autre côté.
Alors chaque chose en son temps.
Tu vas devoir récupérer, retrouver doucement ta place, comprendre comment tu fonctionnes sans ton coloc. Et quand ce sera le moment, on s’y remettra ensemble.
Un peu de sport. Quelques exercices. Step by step !
Pour l’instant, ton seul job, c’est de faire sortir Baby Love… puis de souffler un peu.
— Je crois quand même que les petits coups de pied vont me manquer.
Ne t’inquiète pas. Tu continueras à les sentir. Simplement… de l’autre côté. Et cette fois, on pourra se les partager.
Quand tu en auras marre, ce sera mon tour. Quand j’en aurai marre, ce sera ton tour.
Après dix ans à tout partager , je crois qu’on est prêts pour ça aussi. Après tout, on est les plus grands complices de leur histoire.
Et dans quelques jours, pour la première fois… Baby Love ne sera plus en toi.
Elle sera avec nous. ❤️
Avant qu’il n’atterrisse ici, j’ai imaginé et rédigé ce texte dans mon carnet Eclipse. Si toi aussi tu as des choses à raconter, tu peux obtenir ton espace libre ici, je te l’enverrai dédicacé 😘
Chroniques d’un Ventre #7
Cet été, mon ventre s’est retrouvé entouré de ventres beaucoup plus expérimentés que lui : une maman, une grand-mère, une sœur, une cousine… Trois générations, onze grossesses, et beaucoup de choses à raconter. Parce qu’au fond, ce que les femmes d’une même famille se transmettent, ce n’est peut-être pas une méthode, mais une mémoire, des expériences… et beaucoup de « moi aussi ».
Bonjour. C’est le ventre.
Cet été, Sophie est partie une semaine en vacances en famille. Moi, j’ai surtout passé sept jours au bord d’une piscine, entouré de ventres beaucoup plus expérimentés que moi. Autant dire que j’étais en séminaire de formation. J’étais le petit nouveau.
Carol, la maman de Sophie : trois enfants.
Mamita, sa grand-mère : quatre.
Nat, sa grande sœur : deux.
Vanessa, sa cousine : deux… et un parcours qui mériterait à lui seul plusieurs chapitres.
Et moi ? Première grossesse. Donc forcément, j’avais des questions. Alors j’ai organisé un salon de thé des ventres. Quatre femmes. Trois générations. Onze grossesses à elles quatre.
Premier sujet : les restrictions alimentaires.
Parce que si vous avez suivi mes dernières aventures... vous savez déjà qu’en ce moment, chez moi, chaque bouchée passe presque un contrôle de sécurité.
Alors j’avais envie de savoir : vous, comment vous avez vécu tout ça ? Et surtout… qu’est-ce qui passait encore ?
VENTRE DE MAMITA :
« Pas trop d’alcool. »
… Pardon ? Pas trop ?
Le ventre de Carol confirme qu’à son époque, l’ambiance était légèrement différente.
VENTRE DE CAROL :
« Le médecin lui avait dit qu’elle pouvait boire un verre de vin rouge par jour. »
Bon. Il faut peut-être préciser une chose. Cette famille est valaisanne.
À l’époque, on considérait volontiers qu’un petit verre de rouge pouvait détendre.
Donc visiblement, en Valais, le verre de rouge avait presque son tampon médical.
Clash des époques : l’autre jour, on propose un tiramisu à Sophie.
« Il y a de l’alcool dedans ? » « Les œufs sont pasteurisés ? »
À ce rythme-là, le tiramisu allait bientôt devoir fournir ses papiers.
Le ventre de Mamita, lui, raconte tranquillement qu’il avait trouvé sa propre solution contre les nausées.
VENTRE DE MAMITA :
« Elle n’a jamais mangé autant de salami, ma patronne ! » Et visiblement, la méthode lui est restée.
Des années plus tard, quand elle avait le mal de mer sur les bateaux, elle ressortait le même remède…et distribuait du salami à tout l’équipage. Et ça marchait.
Alors là…je vous avoue que je l’ai un peu mal pris.
Moi, ça fait des mois que je regarde passer les plateaux valaisans sans pouvoir toucher à la viande séchée, au saucisson, au jambon cru… Je me contente du persil et du petit oignon.
Et Mamita, elle, soignait ses nausées au salami. Franchement. Il y a des héritages familiaux qui se perdent.
Le ventre de Nat, lui, avait un tout autre problème.
VENTRE DE NAT :
« Moi, je n’ai pas beaucoup vomi. Mais les nausées et les dégoûts… Dont le poisson!
Impossible. Impossible de l’acheter. Impossible de passer devant le rayon.
Et encore moins de le cuisiner. Alors que, bien sûr, on lui expliquait que les oméga 3 étaient très importants. »
Évidemment. Le corps adore ce genre d’ironie.
VENTRE DE NAT :
« Et puis les goûts changeaient complètement. Ce qu’elle adorait avant devenait impossible à avaler. Et inversement. Un jour, c’était des envies d'anchois. Le lendemain, Nutella. »
Voilà. Un régime alimentaire parfaitement cohérent.
Anchois un jour. Nutella le lendemain. Et le plus étrange ? Des années plus tard, il y a encore des jours où l’odeur du poisson suffit à tout faire remonter.
Deuxième sujet : la fameuse grossesse merveilleuse.
Vous savez. L’état de grâce. La peau lumineuse. Les cheveux plus épais. Les ongles plus forts. Les hormones censées vous transformer en créature mystique baignée de lumière. J’ai fait un tour de table.
VENTRE DE MAMITA :
« Moi, ce dont je me souviens surtout, ce sont les vomissements.
Du premier mois jusqu’au huitième mois… »
Huit mois ?
VENTRE DE MAMITA :
« Huit mois et demi ! »
VENTRE DE CAROL :
« Moi, c’est simple : si je restais vide, les nausées repartaient. Donc pour éviter de tout renvoyer, il fallait me nourrir. Encore. Et encore. Jusqu’au neuvième mois.
À un moment, Carol avait pris 30 kilos. Après ça… elle a simplement arrêté de se peser. »
Une stratégie comme une autre pour gérer les chiffres.
VENTRE DE NAT :
« Moi, je vais être honnête… Nat et moi, on n’a pas trouvé ça génial d’être enceinte. Pas de grand état de grâce. Pas de révélation mystique. On a fait le boulot. C’est tout. »
VENTRE DE VANESSA :
« Moi, pendant un moment, la seule chose que j’acceptais vraiment… c’était le Coca. »
Je ne sais pas qui a inventé l’expression « état de grâce »… mais manifestement, elle n’avait jamais assisté à ce salon de thé.
Et puis il y a un autre sujet sur lequel tout le monde semblait d’accord.
Les mains. Celles des autres. Sur nous. Sans invitation.
VENTRE DE NAT :
« Les gens venaient la toucher comme si son ventre appartenait à tout le monde. »
VENTRE DE VANESSA :
« Toutes ces mains sans demander… c’était hyper intrusif. » Merci.
Enfin une règle qui traverse les générations. Communiqué officiel du séminaire des ventres :
ON DEMANDE AVANT DE TOUCHER.
Ensuite, on a parlé de ce qui se passe à l’intérieur. Le ventre de Mamita se souvenait encore, plus de soixante ans après, des premiers petits coups de talon. Celui de Carol parlait de chatouilles. De petits frissons.
Nat avait une version un peu moins glamour.
VENTRE DE NAT :
« Une bosse. Et parfois l’impression d’être complètement déformé. » Merci ventre de Nat. Enfin quelqu’un qui respecte ma réalité actuelle. Parce que là, le petit frisson… on l’a clairement dépassé. On est passé en mode rénovation intérieure. Un genou à droite. Un pied sous les côtes. Parfois Sophie me regarde bouger avec cette tête très particulière qui dit : « C’est merveilleux… mais on dirait quand même un alien. »
Et puis j’ai posé LA question. Celle que j’évitais jusque-là par pure stratégie de survie.
Bon… l’accouchement. Racontez-moi tout.
VENTRE DE MAMITA :
« Quatre enfants. Jamais de péridurale. »
Le ventre de Carol ? Son premier accouchement ne s’est pas exactement déroulé comme prévu.
VENTRE DE CAROL :
« Le jour même, le bébé s’était retourné en enroulant le cordon autour de son cou. »
Et ce bébé… c’était Sophie. Évidemment. Déjà avant sa naissance, madame avait décidé de faire les choses différemment.
Résultat : césarienne.
Nat, elle, avait tout préparé. Cours. Respiration. Positions. Projet de naissance. Le dossier était prêt. Sauf que son fils, lui, avait décidé d’arriver à son rythme.
VENTRE DE NAT :
« Moi, on m’a déclenché. 10 jours plus tard. Des heures de contractions. Intenses. Sauf que le col, lui, n’avait pas envie de s’ouvrir. Moi, je contractais. Lui, il ne bougeait pas.
Et puis, après toutes ces heures à bosser… césarienne.
Autant vous dire que je n’avais pas vraiment prévu cette sortie-là. Mais le plus difficile est venu après. Nat ne l’a pas vu pendant les quatre premières heures de sa vie. Elle ne savait pas vraiment comment il allait. Elle ne pouvait pas le sentir contre elle. Ni le porter. Et elle, elle était là. Seule avec la douleur de l’opération. À attendre. Impuissante. » Un sentiment de frustration. Une inquiétude.
Et cette sensation d’avoir manqué les toutes premières heures d’une histoire qu’on attendait depuis neuf mois.
Puis, six ans plus tard… deuxième grossesse. Deuxième césarienne. Mais cette fois…
VENTRE DE NAT :
« On a eu notre peau à peau. Et là…plus rien autour n’existait vraiment. Juste lui. Elle. Et c’était magique. » la deuxième histoire ne réécrit pas la première mais elle est venue déposer quelque chose de doux exactement là où il manquait encore un peu de lumière.
Le ventre de Carol, lui, avait vécu quelque chose d’assez proche lors de la naissance de Sophie.
VENTRE DE CAROL :
« Après neuf mois à porter Sophie, ce n’est pas Carol qui l’a prise dans ses bras en premier. Tu portes. Tu encaisses. Tu t’étires pendant neuf mois… et au moment de la grande rencontre, tu te retrouves relégué en coulisses. »
Deux générations. Deux césariennes. Deux vécus différents. Une même évidence: les premières minutes comptent.
Je commençais à comprendre que ce séminaire de formation allait un peu plus loin que prévu.
Je pensais repartir avec deux ou trois conseils sur les contractions. Je découvrais surtout tout ce qu’un ventre garde en mémoire. Puis le ventre de Vanessa a pris la parole.
VENTRE DE VANESSA :
« Moi, j’ai connu une première grossesse très jeune qui n’a pas pu aller jusqu’au bout.
Puis, plus tard… les traitements. Les piqûres. Les inséminations. Les espoirs. Les déceptions.
Et cette question qui revenait sans arrêt : est-ce qu’un jour, je réussirai à porter un bébé jusqu’au bout ? » Puis Vanessa rencontre Vadim. Quelques mois plus tard…
VENTRE DE VANESSA :
« Une grossesse naturelle. Pour nous, c’était un miracle. »
Et là, je me suis dit qu’on parle beaucoup de tout ce qu’on met dans un ventre. Mais beaucoup moins de tout ce qu’un ventre garde. Les peurs. Les attentes. Les déceptions. Les deuils. Les souvenirs. Les espoirs. Et parfois des histoires qu’on porte pendant des années pour soi avant de les raconter.
C’est assez étrange, finalement. On connaît les femmes de sa famille depuis toujours. On connaît leurs recettes. Leurs habitudes. Leurs dossiers compromettants. Mais il suffit qu’un ventre tombe enceinte pour qu’un tout nouveau niveau de conversation se débloque. D’un coup, une maman redevient la jeune femme qu’elle était quand elle a accouché.
Une grand-mère se rappelle exactement de ses nausées soixante ans plus tard. Une sœur raconte ce qu’elle aurait aimé vivre autrement. Une cousine met des mots sur un parcours qu’on connaissait parfois à peine. Et moi, petit nouveau du groupe… j’écoutais.
Parce qu’au fond, il y avait une phrase qui revenait sans vraiment être dite.
Moi aussi. Moi aussi j’ai eu peur. Moi aussi j’ai eu des nausées. Moi aussi je n’ai pas tout aimé. Moi aussi ça ne s’est pas passé comme prévu. Moi aussi j’ai dû faire avec.
Et ça, bizarrement… ça rassure. Pas parce que tout finit comme on l’avait imaginé.
Manifestement, dans cette famille, les bébés ont une relation assez libre avec les projets de naissance. Mais parce qu’on découvre qu’avant nous… d’autres sont passées par là.
Mamita. Carol. Nat. Vanessa. Et toutes celles qui les ont précédées. Des époques différentes. Des grossesses différentes. Des histoires différentes.
Avant de clôturer mon séminaire, j’ai posé une dernière question. Votre meilleur conseil ?
Le ventre de Mamita m’a parlé de confiance. Celui de Nat m’a dit de profiter jusqu’au bout.
Celui de Vanessa, de savourer cette drôle de symbiose tant qu’elle existe.
Et le ventre de Carol a sorti une phrase que j’ai immédiatement rangée dans mon dossier « à ressortir en cas de panique ».
VENTRE DE CAROL :
« Nous, les ventres, on s’en remet. » Ça… je le garde précieusement dans un tiroir de ma mémoire. Parce qu’à quelques jours de mon propre grand rendez-vous… je prends absolument tout ce qui ressemble à une parole rassurante.
Bon. Évidemment, aucune conversation entre ventres ne peut rester émouvante trop longtemps. Le ventre de Vanessa m’a alors annoncé une information extrêmement préoccupante.
VENTRE DE VANESSA :
« Profite bien de l’attention. Parce qu’après l’accouchement… plus personne ne te regarde. »
Pardon ? Pendant neuf mois, c’est : « Oh le ventre ! » « Il bouge ? » « Je peux toucher ? »
« C’est pour quand ? »
Je suis la star. Je fais une bosse à gauche, tout le monde s’extasie. Je bouge de trois centimètres, Sophie appelle Simon. Et puis Baby Love arrive. Et là…
« OOOOOOH LE BÉBÉ ! » Et le ventre ? Pendant neuf mois, il a été le berceau.
Puis, du jour au lendemain, il doit gérer le vide. Les hormones. Les émotions du post-partum.
Tout en essayant de redevenir plat, tonique, musclé. Neuf mois pour construire une maison.
Et à peine le déménagement terminé… on voudrait déjà qu’il n’en reste aucune trace.
Franchement. Neuf mois en tête d’affiche… pour finir figurant dans ma propre production.
Alors je suis retourné sur mon transat. Toujours aussi rond. Toujours aussi débutant.
Mais beaucoup moins seul. Parce que finalement, ce que les femmes d’une même famille se transmettent, ce n’est peut-être pas une méthode. Ni une façon parfaite d’être enceinte. Encore moins une façon parfaite d’accoucher. C’est une mémoire. Des expériences. Des « moi aussi ». Et quelques phrases qu’on garde précieusement jusqu’au jour où notre tour arrive.
Alors Baby Love, moi, je suis prêt. Enfin… autant que peut l’être un ventre qui vient d’écouter onze histoires de grossesse, plusieurs césariennes, huit mois et demi de vomissements et Mamita annoncer fièrement qu’elle n’a jamais eu de péridurale.
Mais il paraît que dans cette famille… les ventres s’en remettent.
Et après tout ce qu’elles viennent de me raconter, il y a quand même un détail assez rassurant.
Elles en ont toutes refait. Donc soit on s’en remet vraiment… soit on oublie très vite.
Les mamans, quel est LE conseil que vous auriez aimé recevoir pendant votre grossesse ?
Envoie cette chronique à une femme dont tu aimerais entendre l’histoire.
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✨ Ce fil invisible qui nous relie
Une période de transformation, de mémoire et d’espoir… et cette question essentielle : qu’est-ce qui nous relie encore ?
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Je prends enfin le temps de t’écrire depuis mon cocon valaisan, à 1111 mètres d’altitude, avec cette sensation précieuse d’être seule au monde.
C’est l’équilibre fragile que j’ai trouvé. La vie à 100 à l’heure, sur la route, entourée de mille visages et drivé par l’adrénaline… Et ce lieu magique, isolé, la terre de mes ancêtres, où je m’ancre, je crée et je respire avant de repartir de plus belle.
Le temps passe à une vitesse folle. Je réalise que ma dernière lettre date d’il y a un mois… et quel mois. Intense, presque vertigineux. Comme me disait mon papa lorsque nous montions la Gemmi : « le pas du montagnard » un pas après l’autre. La seule manière d’arriver au bout… et en bon état.
Cette solitude relative (oui, car contre toute attente, nous avons régulièrement de la visite, des âmes courageuses qui bravent les routes étroites et sinueuses pour venir jusqu’à nous) me permet de prendre du recul et de déposer dans mon carnet tout ce qui bouillonne en moi.
Ces derniers mois, en regardant les médias, j’ai eu cette sensation étrange que notre monde était en train d’imploser, de vaciller, de s’écrouler. Entre les conflits qui s’enchaînent, les violences qui se multiplient… et ces drames plus silencieux, plus proches aussi, les féminicides, les injustices, les vies brisées, on sent quelque chose se fissurer. Comme si, par endroits, l’humain perdait le fil. Comme si certaines valeurs profondes s’effaçaient peu à peu. A cette pensée, je sens mon plexus solaire brûler et ce matin, j’ai pris le temps de me poser cette question :
qu’est-ce qui nous relie encore ?Je me suis connectée à une énergie plus silencieuse. Plus profonde.
Parce qu’en parallèle de ce bruit constant , quelque chose d'invisible se joue. Nous vivons une période spirituelle presque universelle.Dans ma culture chrétienne, nous sommes à la veille du week-end de Pâques, symbole de renaissance et d’espoir, alors que la communauté juive célèbre Pessa'h, fête de libération et de passage vers une vie nouvelle, et que le Ramadan vient de s’achever, marquant la fin d’un mois de jeûne, de spiritualité et de recentrage. En Chine aussi, ce week-end, on célèbre la fête des ancêtres, Qingming. Je l’ai vécue enfant, chaque année, lorsque je vivais à Singapour, près d’un cimetière. Elle me fascinait profondément, elle a sans doute nourri, très tôt, ma quête autour du lien entre les vivants et les morts.
C’est une période où les familles se recueillent, honorent ceux qui ne sont plus là… et continuent, à leur manière, à faire vivre ce lien invisible entre les générations. On y pratique un véritable culte des ancêtres : on nettoie les tombes, on dépose de la nourriture, des fleurs… et on brûle de l’argent symbolique, des objets, parfois même des maisons ou des voitures en papier, comme des offrandes destinées à accompagner les défunts dans l’au-delà. Par foi, par tradition… ou simplement “au cas où”.
À différents endroits du monde, dans différentes cultures, quelque chose de commun se joue : une pause. Un retour à l’essentiel. Une transformation intérieure.
Ces rituels me rappellent qu’il existe aussi un mouvement de l'espoir. Celui qui relie. Celui qui apaise. Celui qui transmet.
Comme si, malgré le chaos, l’humanité continuait, discrètement, à prendre soin de l’essentiel.
Quand je pense à mes grands parents, cette résonance est encore plus forte. Peut-être que, d’une certaine manière, tout ce que nous construisons aujourd’hui est aussi une façon d’honorer ceux qui nous ont précédés…
Et de laisser une trace, d'ouvrir un chemin pour ceux qui viendront après ?Peu importe d’où tu viens, ce en quoi tu crois, ou les rituels qui t’accompagnent… je te souhaite de trouver, dans cette période si particulière, un espace de calme, de sens et de connexion à l’essentiel 🤍
De prendre un instant pour te relier à toi, aux autres, et à ce qui compte vraiment. ✨
Prends soin de toi. LOVE.
💌 Sophie