Chroniques d'un ventre Sophie de Quay Chroniques d'un ventre Sophie de Quay

Chronique d’un Ventre #6

Bonjour. C’est le ventre.

Il y a un an, sans avoir passé le moindre casting, j’ai décroché le premier rôle d’une série dont le scénario semblait se réécrire à chaque épisode.

Angoisses, fausses pistes, rebondissements, espoir et quelques petits miracles… les scénaristes étaient inspirés.

Il y a eu des examens, des peurs, des chansons chantées dans des salles où ce n’était franchement pas prévu, des signes auxquels s’accrocher… et moi, au milieu de tout ça, à tout ressentir.

Parce que je ne sais pas mentir. Quand quelque chose ne va pas, je le dis. Parfois doucement. Parfois beaucoup plus fort.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter cette histoire. Celle d’un ventre, de ses intuitions, de ses nœuds… et de cette lumière qu’on cherche parfois longtemps avant de la retrouver.

Bonjour. C'est le ventre. 

Je vous ai déjà parlé de ce joli grain de beauté qui décore mon nombril et de ce nombril qui s’exhibe en ce moment sans qu’on ne lui ait rien demandé.

Mais j’ai d’autres signes distinctifs qui racontent mon histoire et me rendent unique. Trois cicatrices.

Je suis le berceau des émotions. Et avec une hypersensible comme boss, autant vous dire que mes jours de congé sont (de plus en plus) rares.

Ici, tout passe par moi : les papillons, les nœuds, les intuitions, les grandes joies, les peurs qui coupent le souffle… Je suis un peu le standard téléphonique de ses émotions.

Il y a un an, sans avoir passé le moindre casting, j’ai décroché le premier rôle d’une série dont le scénario semblait se réécrire à chaque épisode.

Angoisses, fausses pistes, rebondissements, espoir et quelques petits miracles… les scénaristes étaient inspirés.

Aujourd’hui, on approche du dernier épisode de cette saison. Et au générique, un nom qu’on a attendu plus que tous les autres : Baby Love.

Alors, j’ai envie de vous faire une confidence. C’est intime.

Mais peut-être qu’en racontant mon histoire, je peux aussi faire tomber quelques tabous et mettre en lumière la voix de tous ces ventres qui, comme moi, ont traversé des épreuves.

Parce que lorsqu’on vit certaines choses, on peut avoir l’impression d’être seul au monde. Et puis on découvre que d’autres sont passés par là. Et ça apaise peut-être un peu, mes amis les cœurs.

L’année dernière, Sophie et moi avons passé une hystérosonographie, un examen pour aller voir d’un peu plus près ce qui se passait du côté de mon utérus que j’abrite. C’était douloureux.

Alors Sophie a fait ce que Sophie fait quand ça devient trop intense : elle a chanté. Oui. Au milieu d’un examen gynécologique.

Moi, je n’avais pas spécialement prévu de faire un showcase dans ces conditions, mais c’est quand même moi qui gère la respiration. (Sans vouloir me rendre indispensable.)

Alors j’ai fait ma part du taf. 

Et il faut croire que les situations les plus improbables créent parfois de jolis liens : Alexia, sa gynécologue si attentionnée, est depuis devenue une amie.

Au vu de certains résultats, il a fallu continuer d'explorer plus loin. Direction l'hystérosalpingographie pour aller voir les trompes. 

Déjà, réussir à prononcer « hystérosalpingographie » sans reprendre son souffle, c’était une épreuve. Je sais, vous venez d’essayer.

On appréhendait beaucoup cet examen. On avait carrément la trouille. Petit pipi stress, comme avant de monter sur scène. Chez nous, c’est un grand classique.

Sophie avait pris un calmant et demandé à deux amis de nous envoyer du Reiki à distance. Il paraît que l’examen peut être très désagréable. Elle est donc arrivée dans la salle en prévenant tout le monde :

« Il va y avoir du drama. Je vais sûrement pleurer, chanter, vous broyer la main… mais je sais pourquoi je suis là, alors on y va. » Weirdo, désolé, moi je vis avec.

Au moins, l’équipe médicale était prévenue. Je ne sais toujours pas si c’est l'énergie des copains, le calmant ou le fait de chanter Éclipse en avant-première à toute la salle d’examen, mais finalement, il y a eu très peu de douleur. Sophie chantait Ma part d’ombre en boucle. Drôle de résonance, quand on y pense.

Moi, j’étais concentré sur l’essentiel : notre respiration. Inspirer. Expirer. Encore.

Parce que je le sais bien, moi : quand tout déborde là-haut, le souffle aide parfois à ramener un peu de calme ici. Puis le verdict est tombé. Une trompe semblait très abîmée. Il faudrait probablement l’enlever. L’autre était peut-être réparable, mais elle aussi semblait bien abîmée. Aucune certitude. Et puis cette phrase : « Ça risque d’être compliqué d’avoir un bébé naturellement. »

Il fallait m’opérer. Explorer. Essayer de réparer. Nettoyer.

Sous anesthésie générale. Et prévoir minimum trois semaines sans concert après l’opération.

Je me suis noué. Littéralement. Pour une fois, l’expression n’était pas une métaphore.

Notre rêve d’enfant s’effondrait. Pourquoi nous ? Et puis, presque aussitôt : Pourquoi pas nous ? Il y avait bien sûr d’autres chemins possibles. D’autres solutions. Mais parfois, savoir qu’il existe un plan B n’empêche pas d’avoir mal au plan A.

Et au milieu de tout ça, il y avait Éclipse. La release party déjà annoncée aux Étoiles, à Paris, le 6 novembre. Vous savez, cet album où Sophie raconte qu’il faut apprendre à apprivoiser ses parts d’ombre, les accepter et essayer de les transformer en lumière ?

Eh bien, visiblement, la vie avait décidé de vérifier qu’elle avait bien compris son propre concept. Timing impeccable. Sophie s’en est voulu d’avoir écrit, quelques années plus tôt, Je t’attends, une chanson sur l’attente d’un enfant qui ne venait pas.

Ce n’était pas son histoire. Jusqu’à ce qu’une peur irrationnelle s’installe : et si, à force de l’avoir incarnée, elle avait fini par l’appeler à elle ?

Quand on a peur, mes amis les cœurs, on cherche parfois des explications dans des endroits où il n’y en a probablement pas. Puis Éclipse est sorti. Et on s’est raccrochés à la lumière.

Comme à un mantra. Il y a eu cette belle date parisienne. Puis la tournée d’interviews. De belles opportunités qui se confirmaient. Et pendant ce temps-là, à l’intérieur, moi, je faisais des montagnes russes. Jusqu’à ce que ça reste trop longtemps en bas.

Et moi, je ne sais pas mentir. Quand quelque chose ne va pas, je le dis. D’abord j'envoie quelques signaux : un nœud, une boule, une petite brûlure. Et si Sophie fait l'autruche, je hausse le ton : je me serre, je brûle, je me tords. Parfois très fort. Pas pour lui faire du mal. Juste pour qu’elle s’arrête enfin et prenne soin de nous.

Alors elle a fait une valise pour cinq jours seule à Paris.

On avait besoin de respirer. De solitude. De silence. De comprendre. D’écrire.

Peut-être même de faire le deuil de l’idée que ce bébé tant attendu arriverait comme on l’avait imaginé. Elle a raconté à sa grand-maman, qui n’est plus de ce monde. Elle lui a demandé de veiller sur nous. Et puis, un matin, au détour d’une rue, une librairie chinoise.

Évidemment, elle est entrée. Et évidemment, elle est tombée sur un oracle : Le Silence des Âmes. Elle a hésité. Des oracles, elle en avait déjà plusieurs. À ce stade, si l’Univers avait quelque chose à lui dire, il avait l’embarras du choix.

Elle a tiré une carte. Dans les noms censés appartenir à sa lignée, un prénom : Wolfgang.

Le prénom de son grand-père. Puis, parmi les dates importantes indiquées dans le jeu : 20 novembre. La date de mon opération. Et là, quelque chose s’est détendu en moi. Comme cette sensation étrange, mais rassurante, que tout allait peut-être bien se passer.

Bon. L’oracle est reparti avec nous.

Le soir, dans son lit, Sophie est allée voir le compte Instagram de sa créatrice. Son dernier post parlait de la nouvelle lune du 20 novembre.

À 7h47, la lune entrait en Scorpion : on plonge, on regarde ce qui est caché.

À 11h25, elle passait en Sagittaire : on ressort, on avance, on change de perspective.

Sophie avait rendez-vous à la clinique à 8 heures. L’opération devait se terminer autour de 11h30. Je vous laisse en faire ce que vous voulez.

Hasard ? Sychronicité ? Ou simplement une femme terrifiée qui avait besoin de s’accrocher à quelque chose ? Sophie, elle, y a vu une petite lumière. Et à ce moment-là, elle prenait toutes celles qui voulaient bien s'allumer.

Le 20 novembre, à 8 heures du matin, nous étions à la clinique. Puis est venu le moment d’entrer au bloc. Il était temps d’y aller. Elle a fait un bisou à Sim, qui essayait de cacher son inquiétude. Mais les émotions des gens qu’elle aime, je les ressens aussi

On nous a fait glisser du brancard à un autre comme un plat sur un passe-plat. Il ne manquait plus que quelqu’un crie « Service ! ». Comme quoi, les années d’École Hôtelière de Sophie finissent toujours par servir.

Et de l’autre côté : une salle aseptisée, des lumières blanches, des machines et une ribambelle de personnes en blouse et charlotte qui s’affairaient autour de nous. Et le visage familier d'Alexia. La voir nous a tout de suite rassurés.

Juste avant que l’anesthésie ne nous emporte, j’ai entendu Sophie dire aux chirurgiens : « Bonne chance à tous ! » Je vous rappelle que c’était elle qu’on allait opérer. Mais bon. L’intervention devait durer environ deux heures et demie.

Moi, je m’étais donc préparé à une longue intrusion dans mon intimité. Des outils, une caméra… tout ce petit monde est entré chez moi par deux portes et par le nombril. J’ai laissé faire. 

Et puis, à peine 45 minutes plus tard, Alexia appelait Sim. Tout était OK. Mes trompes allaient bien. Le coupable ? Mon colocataire, l’intestin, qui avait décidé de prendre un peu trop de place et de bloquer le passage. C’est rare.

Magie ? Miracle ? Coup de bol ? Allez savoir.

Les prières à Grand-Maman ? La « lettre à mon corps » que Sophie nous avait écrite ? La librairie chinoise ? Je n’en sais rien. Je suis un ventre, pas un oracle. Ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui, mes trois cicatrices sont toujours là. Et derrière elles, Baby Love.

Il y a un an, on entrait dans cette clinique avec la peur que ce bébé tant attendu ne puisse peut-être jamais arriver. Dans quelques semaines, on devrait en ressortir avec Baby Love dans nos bras. 

Alors non, je n’ai pas envie d’effacer mes cicatrices. Elles me rappellent surtout qu’au milieu de l’histoire, on n’en connaît pas encore la fin.

Et peut-être que c’est ça que j’avais envie de vous confier aujourd’hui, mes amis les cœurs.

Quand on traverse l’ombre, on a parfois l’impression qu’elle va durer toujours.

Et pourtant, la lumière finit toujours par revenir. Pas forcément là où on l’attend. Pas forcément comme on l’avait imaginée. Alors on s’accroche à ce qu’on peut : une chanson, une prière, une coccinelle.

Et un jour, presque sans prévenir, quelque chose se rallume.

Chez nous…la lumière donne des coups de pied dans mon nombril.

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